Cette chapelle était, jusqu'à la création d'une nouvelle paroisse en 1966 (Paroisse Saint Roch devenue relais paroissial Saint Yves) suite à l'urbanisation de la zone avoisinante, une dépendance rurale de Brélévenez classée monument historique le 3 novembre 1930.
L'INTERIEUR
Les murs
Dégagés de l'enduit qui les couvrait, ils dévoilent une porte murée
dans la longère Nord qui révèle en comparant les largeurs internes et
externes, que le battant s'ouvrait vers l'extérieur dans un bâtiment
construit en appentis qui était probablement la sacristie. Cette porte,
aménagée en niche abrite une petite statue de la Vierge à l'enfant.
p>Près de l'autel, sur la longère Sud, existe aussi une petite niche
à étagère. La porte et la niche sont surmontés d'arcs en accolades.
Près de la porte latérale remarquons un bénitier encastré dont l'angle
est orné d'une tête humaine surmontée d'une large feuille de chêne.
De part et d'autres de la fenêtre du chevet, deux corbeaux supportent des statues. Celui de droite doit dater d'après la Révolution, celui de gauche est orné de deux anges porte-écu. L'ange de gauche présente un écu chargé de trois molettes posées deux et une et d'un croissant posé en abîme : ce sont les armes de la famille Scliczon (prononcer Sliçon, le groupe de lettres cz étant au XVI ème siècle l'équivalent de notre ç dont il est l'origine). L'écu de droite a été martelé. On pense habituellement que tous les écus martelés l'ont été pendant la révolution, mais il peut y avoir une autre explication. Au XVIII ème siècle, les moralistes ont fait ressortir ce qu'il y avait de choquant à exposer ses armoiries sur l'autel ou à proximité, et de nombreux seigneurs ont fait supprimer les leurs quand elles en étaient trop proches. Ce pourrait être le cas de cet écusson, alors que l'autre, tourné de l'autre côté et moins bien éclairé, ne présentait pas la même impudence. Si le martelage datait de la révolution, il n'y aurait sans doute pas échappé.
La barrière de chœur
Le plus bel ornement de la chapelle, signalé par tous les guides depuis le début du XXème siècle est la "barrière de chœur", en chêne. On la qualifie parfois de "jubé", par analogie avec celle de Kerfons (Kerfaoues) en Ploubezre mais c'est une erreur, car le terme de jubé ne peut désigner qu'une barrière avec plate-forme d'où une personne peut dominer l'assemblée ce qui est effectif à Kerfons mais pas ici.
Cette barrière de chœur sur un soubassement de maçonnerie, comporte deux grilles encadrant une porte. Le tout est surmonté d'une poutre transversale qui supporte au centre, le crucifix, accompagné des statues de la Vierge et de Saint Jean l'Évangéliste. Les quatre montants verticaux sur lesquels reposent cette poutre sont ornés de figures en haut-relief taillées dans la masse du bois. Ce sont, de gauche à droite, Saint Yves, Saint Jean-Baptiste, Saint Pierre et Saint Paul. Chacune de ces figures, surmontées d'une coquille évoquant à la fois une niche et une auréole, repose sur une sorte de pied-droit pris dans la masse, dont le haut est formé d'un buste d'homme barbu et coiffé d'une toque. Ces derniers personnages, sortes de cariatides, sont vêtus les uns de draperies, les autres de pourpoints boutonnés par le milieu.
Au-dessus de la porte, deux bustes en haut-relief, d'un homme et d'une femme, portent des costumes du début du XVI ème siècle. On admet généralement qu'il s'agit des constructeurs de la chapelle, mais, comme il est peu probable qu'ils aient figurés ainsi de leur vivant, la construction de la barrière de chœur doit dater de quelque temps après le décès du dernier d'entre eux. La représentation, dans une chapelle, d'êtres humains autres que des saints ne se justifie en effet que sur leur tombe, ou à proximité, et la présence de ces effigies implique que la barrière du chœur avait pour destination essentielle de séparer de la nef la partie de la chapelle où étaient enterrés les membres de la famille fondatrice.
Les sablières
Il y a eu de réparations aux sablières, car elles ne sont pas toutes du même style. Sur les dix sablières existantes, celles de la longère sud, du côté du clocher, paraissent les plus récentes, puisque ce pan de mur s'est manifestement effondré à une époque relativement proche de nous. Les figures en bas-relief qui ornent les sablières les plus anciennes sont tantôt des rinceaux, feuilles et grappes, tantôt des animaux réels ou mythiques. Ces motifs sont très comparables à ceux qui ornent la corniche de Saint Jean du Baly à Lannion. Or, le clocher de Saint Jean du Baly ayant été commencé en 1519, son couronnement est un peu postérieur, ce qui ne conviendrait pas mal, comme date pour le lambris de Saint Roch.
Que représentent ces sablières ? Les uns parlent de scènes de chasse, les autres de scènes du Roman de Renart. En fait, on ne voit aucune scène suivie, il y a là seulement des figures variées, dragons, chiens, palmipèdes, constituant une simple décoration.
Le mobilier
La quasi totalité du mobilier de la chapelle paraît dater des premières années du XIX ème siècle, si l'on en juge par le style qui est intermédiaire entre le style savant de la fin du XVIII ème siècle et le style naïf de l'époque de la restauration.
Seule, peut-être, la table de communion avait échappé à la tourmente révolutionnaire. Son style ne permet pas
cependant de la dater avec certitude..
L'autel en granit ,porte sur le devant un cœur cerné d'une couronne d'épines et surmonté d'une croix. Ce symbole de dévotion au Sacré-cœur a été introduit dans la région au milieu du XVII ème siècle sous l'influence de Marie Le Guyon, la mystique de Servel et du recteur de Servel, l'abbé Le Gall de Kerdu.
Le crucifix de l'autel, les deux grandes statues de Saint Roch et de Sainte Anne de part et d'autre de la fenêtre de chevet, les deux statues de Sainte Marguerite et de la Vierge à L'Enfant qui se font face sur les deux longères et la petite statue encore de la Vierge à l'Enfant, qui se trouve dans l'encadrement de l'ancienne porte de la sacristie, paraissent tous à peu près contemporains et dater du début du XIX ème siècle.
L'ex-voto de marin qui est suspendu près de la niche est encore plus récent. Signalons enfin que le pavement actuel est fait de vieilles pierres tombales en schiste, réemployées et provenant probablement de l'église de Brélévenez. Quelques-unes sont encore lisibles (par exemple celle du chœur et celle du pignon clocher ).
L'EXTERIEUR
C'est un bâtiment rectangulaire, a peu près orienté Est-ouest (le clocher à i'ouest), et garni aux angles de contreforts, dont les plus ornés sont ceux du chevet. Une porte sous le clocher et une grande fenêtre au chevet sont les seuls ornements des pignons. Tout l'effort de la décoration s'est porté sur la longère méridionale, ce qui est le cas dans la plupart des chapelles, mais plus encore quand la route passe de ce côté-là. On y distingue deux étapes de construction : les fenêtres qui occupent les deux tiers Est de la longère Sud et l'essentiel du mur qui les encadre sont plus anciens que la partie occidentale de cette même longère autour de la porte.
La litre.
Une litre était une bande noire peinte, parfois sur fond sculpté, tout autour d'une église ou d'une chapelle, en l'honneur des défunts d'une famille qui avait des prééminences dans l'édifice. Le fait que le fond de la titre ait été ici sculpté permet de supposer que la chapelle a été construite ou reconstruite en vue de recevoir des sépultures familiales.
Près du chevet se trouvait une maisonnette occupée naguère par la gardienne. C'était jadis la maison du chapelain. Elle porte, sur le linteau, la date de 1 590.
Devant le clocher, un petit enclos renferme une croix de pierre, très simple et curieuse par la naïveté des figures sculptées. Elle est difficilement datable.
Historique.
On peut admettre le schéma suivant : une chapelle votive, fondée dans le cours du XV ème siècle sur un fief appartenant aux seigneurs du Cruguil a été transformée par eux au début du XVI ème siècle en chapelle funéraire, ce qui les a incités à faire reconstruire une partie de l'édifice afin de le garnir extérieurement d'une litre, tandis que la partie de la chapelle destinée à recevoir les sépultures était séparée de la nef par une barrière ornée des effigies du premier couple à y avoir été enterré.
Saint Roch.
Il est né à Montpellier en 1 303 ; à 20 ans, privé de ses parents, il distribue tous ses biens aux pauvres, part en pèlerinage à Rome, en mendiant son pain. En cours de route, il s'arrête pour soigner des pestiférés et est atteint lui-même de i'horrible mal. Guéri miraculeusement, il rentre dans sa ville natale, son costume, ses pénitences, sa maladie l'ont rendu méconnaissable. Soupçonné d'espionnage, il est enfermé dans un affreux ccachot où il meurt le 16 aout 1337 ; à côté de sa couche funéraire on trouve une petite planche sur laquelle étaient gravés ces mots : « ROCH sera votre protecteur contre la peste ».
(D'après un document de Mr J-Pierre Pinot)