Le 27 novembre dernier à l’UCO de Guingamp, l’APES (1) du diocèse proposait une conférence sur la bioéthique avec Marie-Jo Thiel, docteur en médecine et en théologie à Strasbourg. Plusieurs Lannionnais étaient présents. Dans la quantité d’informations scientifique, juridique et théologique que Mme Thiel a su transmettre avec passion, je ne m’inspire ici que d’un tout petit élément glissé à la fin de son propos.
Mme Thiel présentait alors quelques principes de discernement pour une morale chrétienne. Elle nous parlait de la dignité de la personne. La dignité de la personne est au fondement du regard chrétien sur l’homme. Or, cette dignité, disait-elle, a trois aspects qu’il faut tenir ensemble. Un aspect ontologique, subjectif et objectif. C’est un peu jargonnant et technique mais poursuivez la lecture vous allez voir que cela nous entraîne dans des considérations les plus simples et les plus concrètes sur la vie.
L’événement de Noël que nous célébrons ces jours-ci en dit long sur le mystère de la dignité de la personne humaine. Dieu a tant aimé la personne humaine qu’il a voulu que son Fils prenne naissance d’homme, en partageant toute notre condition d’homme. Le Fils de Dieu s’est incarné en Jésus. Il s’est fait petit et vulnérable : un bébé dans une étable, comme si Dieu voulait honorer le plus simple de l’homme. En choisissant de venir en l’homme, Dieu rappelait aux hommes le caractère sacré de la personne humaine.
Il y a là un incontournable chrétien : la personne humaine est sacrée, une fois pour toutes, quelque soit son état. C’est ce qu’il faut entendre par dignité ontologique : toute personne du seul fait qu’elle est un être humain est digne de respect. Le rituel du baptême parle de cette dignité d’enfant de Dieu que nous recevons dans l’amour de Dieu.
Chaque personne a cependant sa propre perception de sa dignité. C’est sa dimension subjective. Ainsi, dans l’évangile, ils sont nombreux ceux qui s’éprouvent indignes parce qu’ils sont enfermés dans la culpabilité, dans les drames de leur passé ou de leur condition présente, dans leur pauvreté. C’est là une histoire qui continue aujourd’hui : tant d’hommes et de femmes doutent de leur dignité. A ceux-là, Jésus vient redire que rien n’est perdu pour eux. Que l’amour de Dieu leur est toujours offert. Qu’il leur suffit de l’accueillir pour reprendre vie et retrouver leur dignité. Et l’on pourrait énumérer tous ceux et celles qui, grâce à la rencontre du Christ, se sont trouvés libérés de leur sentiment d’indignité.
Mais il y a aussi la manière dont la société regarde les personnes. La manière dont elle les prive de dignité quelques fois. Le jugement qu’un groupe porte sur certains, sa manière de les traiter et qui rabaisse leur dignité. C’était vrai au temps de Jésus, c’est vrai encore aujourd’hui. Malgré le principe d’égale dignité présent dans les droits de l’homme, combien d’hommes et de femmes souffrent parce qu’objectivement notre société ne leur reconnaît pas la même dignité. On peut penser aux conditions de vie déplorables dans les prisons, les relents de racisme…
La venue du Christ Jésus dans les évangiles met en cause ces trois dignités.
Le Christ est venu témoigner de l’extraordinaire dignité de l’homme aux yeux de Dieu appelé à devenir enfant de Dieu. Au regard du Christ, la personne est sacrée et son salut vaut plus que tout. Cette dignité de l’homme est irréductible, c'est-à-dire qu’elle est absolue et vraie pour tous.
Le Christ s’est approché des hommes et des femmes qui souffraient du déni de leur dignité. Il est venu leur redonner toute leur beauté et leur noblesse, celle de vivre en personnes aimées à l’infini de Dieu. Dans l’amour de Dieu donné, chacun peut retrouver confiance, sortir de son sentiment pesant d’indignité et se remettre à vivre.
Le Christ est venu convertir le regard de la société et de la religion de son temps – et ce n’était pas le plus facile, c’est même cela qui lui a valu l’hostilité la plus grande et la condamnation. Jésus est venu bousculer la société et la religion des hommes de son temps pour qu’enfin, elles servent le respect et la promotion de l’irréductible dignité de toute personne humaine. « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ». De cela, l’Église est appelé à être le signe vivant.
Célébrer Noël c’est accueillir alors avec joie la dignité donnée une fois pour toutes à chaque être humain et se réjouir de cette extraordinaire valeur accordée par Dieu à chaque personne.
Célébrer Noël c’est se laisser gagner par la conscience de sa propre dignité. Et même si le péché l’enlaidit parfois se dire que dans la miséricorde de Dieu, tout l’amour de Dieu nous est redonné.
Célébrer Noël c’est participer au combat pour que notre société témoigne d’un respect plus authentique de la dignité de tout être humain. C’est là que "s’originent" les prises de position humaniste de l’Église dans les domaines de la bioéthique et du respect de la vie, de la pauvreté, de l’immigration par exemple et les condamnations de tout ce qui réduit l’être humain à l’état de marchandise, d’otage, d’objet de trafic ou de plaisir, d’esclave. Car elles sont nombreuses les situations où la dignité de l’homme, parce que devenu si fragile, est menacée. D’où les prévenances de l’Église pour tout être humain à commencer par les plus fragiles et les moins respectés, ceux dont nous serions tentés d’oublier qu’ils ont en eux une part de l’amour de Dieu.
Que le mystère de l’enfant Jésus, né parmi nous, nous donne de contempler et de défendre l’extraordinaire dignité de chaque personne.
P. Laurent Le Boulc’h
(1) - Antenne Économique et Sociale du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier qui vise à permettre aux hommes et aux femmes en responsabilité de réfléchir ensemble, chrétiens et non chrétiens s’ils l’acceptent, sur les enjeux à court, moyen et long terme, des décisions qu’ils sont amenés à prendre et à aider notre Église à être toujours plus attentive et présente aux réalités collectives. Maison du diocèse , 7 rue Jules Verne , 22000 Saint Brieuc - Permanence le jeudi matin. 02 96 68 13 47